Pourquoi j’aime ma différence ? (Et comment j’ai fait et pourquoi je te le dis)

Je l’ai longtemps rejetée pour faire partie du moule. Ce fameux moule que j’ai rejeté aussi. Oui, ma différence a souvent été un problème dans ma vie. Mais comme tout le monde en fait ! Quand je l’ai compris, ma vie a commencé à s’alléger.

Des différences, nous en avons tous. Mais certains plus que d’autres. Et certaines font plus mal que d’autres. Certaines sont plus visibles. D’autre moins, mais plus lourdes. Certaines sont valorisées et d’autres, montrées du doigts, rejetées.

Mon pays aussi, je l’ai souvent rejeté. Parce qu’ils ne prenait pas soin de mes différences. J’ai longtemps eu ce sentiment d’injustice d’avoir été, enfant, mal guidée ou prise en charge. Mais à bien y regarder, la France est comme chacun : elle fait bien ce qu’elle peut. Et elle ouvre son esprit un peu plus chaque jour, même si ça n’est pas encore ça. Et je crois que ce travail, c’est un peu l’affaire de tous. C’est vrai… Au fond comment quelqu’un pourrait-il changer son comportement, ouvrir son esprit à la différence si personne ne dit rien ?

Je trouve, mais ça n’engage que moi et ce sujet, que l’ancien gouvernement a apporté quelques solutions en ce sens. Je regarde toujours le positif. Car au fond il y en a toujours et ça a le mérite de remonter le moral, plutôt que de parler toujours du négatif et de désespérer. Un juste équilibre que j’aime à trouver. Une fois encore, car ce sujet est sensible, cela n’engage que moi.

Et puis je peux effectivement passer le restant des mes jours à souffrir d’avoir été négligée à l’école ou ailleurs, je peux le nier aussi. Toute ma vie. Mais j’ai choisi de l’accepter. D’accepter cette souffrance d’abord, car je le mérite d’être reconnue victime de ça. Je n’étais après tout qu’une enfant. J’ai pris le temps d’en faire le deuil. De me dire que surement les adultes qui m’ont entourée à l’époque n’étaient pas parfaits. Peut-être, même, ont-ils enduré les même injustices que moi sans être pris en charge eux-même. Peut-être qu’à l’époque, aussi, il n’y avait pas encore tout ce qu’on sait aujourd’hui. Et puis j’ai réalisée que je n’étais plus une enfant et qu’aujourd’hui je pouvais me prendre en charge moi-même comme j’aurais aimé qu’on le fasse. Et, bonne nouvelle, EXACTEMENT comme je voulais qu’on le fasse en plus ! Royal.

Mes différences sont nombreuses : physiques, état d’esprit, manière de fonctionner et de penser, sensibilité, origines étrangères, valeurs…

Autant vous dire que j’ai bien ramassé dans ma vie. La jungle a commencé bien tôt à me remuer. Et je ne l’ai pas souvent bien vécu, mais finalement je m’en sors bien. C’est peut-être pour ça que j’ai aimé être une éducatrice : car ainsi j’ai eu la sensation de me « réparer » en aidant les autres et en leur donnant ce que j’aurais voulu recevoir.

J’ai d’abord pris le parti de rentrer intégralement dans le moule, totalement inconsciemment, parce qu’à un moment « il le fallait ». C’est ainsi que s’est terminée mon adolescence. Je ne comprenais alors pas grand chose à la vie, j’avais de gros problèmes de compréhension en plus, j’ai donc fait comme j’ai pu, au plus simple : j’ai tout nié.

Mais la vie est maligne et elle fini toujours par vous rattraper. Alors que je devenais mère, tout m’a explosé au visage et le constat fut sans appel : En vérité je n’avais rien réglé, rien compris à celle que j’étais.

Je l’ai évidemment mal vécu. Cela a fait de gros dégâts en moi, autour de moi. Mais j’ai finalement décidé de prendre les choses en main. Nous sommes à une époque où les ressources ne manquent pas, ni le récit d’expériences, les professionnels sont abordables… Aucune excuse pour ne pas se bouger. Et pourtant j’ai eu peur : ça effraie d’aller se rencontrer alors qu’on pensait déjà l’avoir fait. Qui sait ce sur quoi on va tomber ?

Mais quel parcours passionnant ! Vous ne serez plus jamais la même personne après une telle chose et à vrai dire c’est très bien, parce que ça ne fonctionnait pas en l’état.

J’ai appris à me connaître pas à pas, point par point. Mon égo en a pris un sacré coup ! Et ça lui fera les pieds. J’ai fait des erreurs. Des tas. Je m’en suis voulu, j’ai baissé les bras. Mais il y a toujours eu quelqu’un pour me tendre une main et me rappeler que :

« il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne font aucune erreur ».

Alors j’ai demandé pardon, à moi même, comme aux autres, et j’ai appris.

Le moule :

Ce fameux moule sur lequel tout le monde crache et que finalement tant de monde recherche/subit/accepte/épouse !

Je l’ai forcément détesté car j’en étais bien loin dès le plus jeune âge. Quelle pression que de devoir y rentrer, surtout quand on ne nait pas avec la bonne forme !

« Comment vais-je bien pouvoir faire pour mettre un cube dans un cercle ? » Il va forcément falloir que je rogne des morceaux de moi-même ! Et je l’ai fait. Comme dans n’importe quel jeu, pour aller vite, on choisi la solution la plus évidente même s’il nous en coûte. Et vu comme j’étais à la traîne, il fallait bien que j’aille vite ! Mais une fois qu’on a eu bien compris que ça ne fonctionnait pas, « rejeter un peu le moule » le temps de retrouver sa forme d’origine et de prendre un moment de réflexion, d’introspection, paraît être une bonne solution. Se regarder et comprendre que peut-être sommes nous aussi flexibles que de la pâte à modeler (un peu dure et séchée, mais flexible). Et qu’en comprenant les choses on peut changer sa forme.

Oui mais au fond qu’est-ce qu’on s’en fout du moule ?

Oui… Au fond on s’en fout. MAIS… Il faut reconnaître que cultiver sa différence est important et même primordial je dirais, car notre différence, c’est bien ce que l’on est. Être intégré à la société est aussi une belle satisfaction à ne pas négliger. Et puis ce moule a le mérite de nous permettre de vivre ensemble, facilement en suivant des règles. Et c’est bon de vivre ensemble et de se sentir accepté et reconnu.

Selon moi, les choses ont un ordre : sa différence d’abord. Car avant de donner aux autres il faut être en mesure de se donner à soi-même. Les choses ne sont pourtant pas bien claires, je trouve, quand on est gosse. En tous cas moi je n’ai jamais compris que c’était ce qu’on me demandait. L’acceptation de soi, normalement, s’aquiert dans l’enfance et au sein du foyer. Mais après six années sur le terrain, je peux le confirmer, et ce n’est pas un scoop :  ça ne se fait pas toujours aussi facilement.

J’ai toujours beaucoup d’admiration pour les familles qui savent le donner et pour ceux, donc, qui l’ont reçu. Ils me fascinent, juste parce qu’ils existent et qu’ils représentent pour moi un idéal dans mes convictions et valeurs. Mais après tout rien n’est parfait, dans aucune famille ni personnalité, même celles-là. La perfection n’existe pas et ces choses bougent et change au fur et à mesure.

L’adolescence a pour but de permettre à l’individu de reconstruire lui-même ce qui a été semé en lui et d’y apporter ce qu’il aura choisi lui-même pour l’enrichir. De s’émanciper, quoi. Mais c’est comme tout, plus on a semé dans un champs, plus on a travaillé pour l’entretenir, plus on a de chance d’obtenir une nature luxuriante et verdoyante. Il n’y a pas de secret. C’est là que nous ne sommes pas égaux et que certains ont plus de boulot. Ce n’est pas péjoratif bien sûr. Mais certains mûrissent plus vite que d’autre et inversement. Et ce n’est pas une mauvaise chose : chacun son rythme et ses besoins. Chacun son parcours, ses forces et ses capacités !

Apprendre à connaître ses différences : 

Comme je le disais : sa différence c’est ce que l’ont est. C’est complexe d’ailleurs, car ça touche à beaucoup de domaines. Mais en gros, c’est parce qu’on est comme ça et pas autrement qu’on pourra apporter telle ou telle chose dans une société.

Cette trop grande conscience des choses, tantôt poids ou force, admirée ou rejetée. Valorisée ou malmenée… Je l’ai longtemps détestée. Mais je l’avais mal regardée. Certes elle me rendait la tâche difficile, j’allais devoir apprendre et réfléchir beaucoup. Chercher du sens partout. Donner de l’importance et fatiguer bien des personnes avec mes millions de questions compliquées. Être critiquée bien souvent, voire faire peur, carrément. En souffrir, tout le temps. Mais cela me permet aujourd’hui d’être celle que je suis. Et si je ne m’accepte pas pleinement, je serai incapable de me « nourir » correctement. C’est un peu comme si je n’acceptais pas le fait que j’ai besoin de manger régulièrement. Oui. Nourriture spirituelle…

Cette grande capacité à réfléchir avait en fait été livrée avec un grand coeur et l’envie d’aider. C’est pourtant bien des gens comme moi au fond, dans une société !

Et mon voisin qui ne réfléchit pas autant que moi, lui. Je l’ai envié souvent. Car lui ne se ramassait pas sans cesse des remarques parce qu’il réfléchissait trop et gonflait les gens. Il n’était pas regardé de travers ! Tout le monde l’aimait lui, sans nul doute (tu penses). Mais après réfléxion, je sais qu’il a eu lui aussi sont lot de moments difficiles, à d’autres niveaux.

On a tous des différences. On est tous rejeté un moment ou un autre à cause de ça. Ainsi vont les choses et il faut l’accepter. La bonne nouvelle c’est qu’un jour on est aussi pleinement accepté pour ces même différences. Notre rôle d’ailleurs, c’est peut être aussi de les accepter d’abord nous même pour aider les autres à faire pareil ! Non ?

Longtemps, j’ai préféré renier mes différences pour être acceptée et aimée de tous. Je pense qu’on fait un peu tous la même erreur, car l’immaturité fait qu’on recherche l’amour à l’extérieur par défaut (comme avec papa et maman). Evidemment, ça ne fonctionne pas ; un jour on finit par accepter que c’est un leurre, que ça ne sert à rien et qu’il serait bon d’avoir envie d’arrêter de pateauger dans la semoule. Et puis on commence à apprendre à s’aimer soi-même. Ça non plus ça n’était pas bien clair. Si j’avais su qu’il allait falloir que je le fasse, j’aurais bossé dessus ! Du coup j’ai rêvassé, moi. Je me suis laissée porter. Mais à vrai dire, on me l’a souvent dit « aime toi toi-même (ouais, t’es gentil, mais j’ai pas conscience que je ne m’aime pas !) mais il m’était impossible de le comprendre avant de l’éprouver et d’en faire l’expérience.

Pour accepter ses différences, il est bon de se réunir avec des gens comme nous. C’est plus simple d’unir ses forces pour obtenir une capacité. Cela implique de l’humilité, oui. Et la conscience de ce que l’on est. Car si on ressent le besoin de se faire aider c’est que ça n’est pas encore une force, mais un poids. Ensuite on aide les autres quand on l’a transformé. Pour les fans de l’échange.

On n’est pas toujours obligé d’accepter ses différences d’ailleurs, car avec de la volonté et de la détermination on peut presque tout changer. Ce que j’ai fait sur bien des points. J’ai ouvert mon esprit, je me suis enrichie, j’ai agit et me suis entourée, par contre, de personnes différentes de moi et/ou capables de m’aider dans mon objectif de transformation.

J’aime cet équilibre entre les choses que je garde et les choses que je sais changer. Cela m’apporte de la fierté de savoir accepter quelque chose chez moi tout comme de savoir le modifier. Je me sens super forte (traduction). Et ça fait du bien !

Il n’y a pas que les différences que l’on choisi de modifier ou de garder : 

J’en reviens donc au moule.

En aucun cas nous ne sommes obligés de nous renier entièrement nous-même pour y rentrer. Après tout, y rentrer ou non, y rentrer un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie, c’est également un choix !

Je ne me sens pas obligée aujourd’hui d’être entièrement comme sur le mode d’emploi ! En revanche je sais parfois m’adapter quand je suis en société. Je sais en faire partie davantage quand je vais travailler, quand je me mêle aux gens, mais j’en sors aussi un peu plus quand je rejoins ma vie privée. Je pourrais aussi être tout comme je veux sans me soucier des autres. Mais j’aime le juste milieu.

Le moule, c’est simplement des règles de « bien vivre ensemble » aujourd’hui pour moi. Et je trouve cela normal de jouer le jeu. Il me sembe que c’est quand même un peu mon devoir finalement. Car je suis, aussi, bien contente de pouvoir profiter des avantages de ma société.

Dans ma vie, entièrement, je privilégie la réciprocité, les échanges gagnant-gagnant s’entend. Quand il s’agit de réciprocité négative, finalement je préfère m’en aller. Je ne suis pas là pour faire du mal ou en recevoir.

Alors si je veux prendre des avantages de ma société, je joue un peu ses règles du jeu en respectant mes limites, évidemment. Je n’apprends rien à personne en disant que si je ne respecte pas la loi, j’en paierai le prix. Elle est parfois lourde, mais je suis quand même contente qu’elle soit là.

Il n’est pas bon, oui, de se renier entièrement pour sa société. Je ne pense pas en tous cas que ce soit une bonne chose, à moins d’en faire le choix assumé (pour quelle raison par contre, aucune idée ?). Il est bon de se laisser des moments de décompression. Un juste équilibre, donc, entre ses différences et ses ressemblances aux autres. (Et encore le sujet n’est qu’abordé, il y aurait tant à dire).

La réussite sociale : 

Voilà ce qu’apporte le moule pardi ! Voilà pourquoi aussi, finalement, on pourrait être tenté de faire le choix de s’oublier entièrement pour y rentrer ! La soif de réussite, de pouvoir ! Chacun ses choix au fond.

Je vois le truc un peu comme une sorte de concours : La réussite sociale, plus tu grimpes les niveaux et plus t’es médaillé. Je n’ai jamais eu l’esprit de compétition, mais par contre, j’aime le travail d’équipe !

La réussite sociale c’est un choix, comme tout. Rien ne vous oblige à aller si haut dans les niveaux après tout ! Mais quand on est en bas on ne le vit pas super bien non plus en même temps, sauf si encore une fois, on en fait le choix (mais bon… C’est un autre sujet).

Comme pour tout, je trouve qu’un bon équilibre (selon notre propre point de vue) est la meilleure des réponses. J’ai préféré privilégier ma réussite personnelle plutôt que la réussite sociale parce que ça correspond à mes valeurs. Tout simplement. Evidemment, quand je rencontre mon extrême opposé, on évite de trop discuter de nos idées (c’est mieux pour nous).

C’est une de mes différences : j’ai de fortes valeurs et convictions. Elles passent avant bien des choses et je trouve cela important. Cela m’a souvent valu le rôle de moralisatrice, mais au fond j’ai appris à mettre de l’eau dans mon vin. C’est un gros poids aussi en fait, quand on a de fortes valeurs « trop » jeune, car il devient difficile de trouver sa place ; alors que quand on est jeune on a envie de tout tester, il faut en fait rapidement renoncer à beaucoup de choses. Même si ma façon de voir la vie est pour moi la meilleure, j’ai conscience que ça n’est pas la réalité de tout un chacun. J’aime être capable de respecter cela.

Chaque personne, chaque vision des choses, a un rôle à jouer dans notre société. Comme j’aime le travail en équipe, je ne saurais voir les choses autrement. En revanche, je travaille avec mes pairs pour aller dans le sens de mon idéal et de mes valeurs humanistes plutôt prononcées. Je remue les esprits de ceux qui ne pensent pas comme moi. Ça m’a bouleversée souvent. Et puis j’ai compris que l’opposition avait elle aussi le droit d’exister. Sans opposition je n’aurais aucune raison d’être ainsi. L’opposition me permet d’exister moi aussi. En quelques sortes. Car il n’est pas exclu d’évoluer vers autre chose.

Conclusion : 

Je raconte ma vie depuis tout à l’heure, pourquoi ? Parce que dans mon parcours j’ai souffert et j’ai rencontré des personnes comme moi qui souffraient aussi. La souffrance est utile (parfois), uniquement si elle a une fin. Ecrire ces mots, partager mon point de vue, c’est une manière de remercier ceux qui m’ont tendu la main pour avancer (ça a marché, regarde !) et aider ceux qui continuent de peiner à trouver le bout du tunnel (ça peut marcher, regarde !).

Tes différences sont belles, l’ami ! Moi je les aime ! Alors si tu commences à les aimer toi aussi, tu pourras en faire profiter beaucoup de monde, à commencer par toi-même.

 

Merci de respecter mon parcours et mes choix, si tu tiens à partager avec moi ton avis. L’ouverture d’esprit et la correction sont obligatoires sur ce site. Au plaisir !