LE METIER PASSION : Oui, mais… Retour d’expérience.

Je ne sais pas si tout le monde a eu la chance de faire un métier passion dans sa vie… Moi oui !

Je n’avais jamais su déterminer ce qui éveillait la passion en moi, jusqu’à cette rencontre :

J’étais au Pôle Emploi depuis peu de temps, je sentais que j’allais avoir du mal avec ce système et, grâce à un atelier pour m’aider à trouver le métier qui me convenait, que ce n’était pas le moment pour que j’en prenne conscience grâce à un questionnaire.

Alors je me suis lancée avec ce que j’avais en poche comme diplôme, dans une nouvelle voie que je n’aurais jamais pensé trouver dans ma vie : L’éducation.

Une amie de fac m’avait conseillé ce travail, car il comportait pas mal d’avantages pour la jeune maman que j’étais : les week-ends, des horaires d’école, les vacances scolaires. Pourquoi pas ? A ce moment, je ne me doutais évidemment pas que j’allais l’aimer, ce métier. Bien plus que moi-même ! Et que j’allais donc entrer dans un moment de vie passionnel !

J’avais envoyé une trentaine de candidatures dans les établissements du coin. Le surlendemain, je recevais un appel à 10 h du matin pour venir passer un entretien. Pas le temps de manger ; j’ai filé sous la neige vers ce groupe scolaire catholique sous contrat étrange, un château et un immense domaine, à la limite de la Seine et Marne, dans le 93. Je rencontrai la DRH ; elle me demanda si j’étais prête à commencer tout de suite : j’ai accepté sans réfléchir. J’étais à la guérite, à l’entrée parking qui était également une sortie possible pour les élèves, pour remplacer un gardien absent. Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire, mais je me suis débrouillée. C’était le 10 décembre 2010, un jour où la neige a immobilisé toute la région parisienne. Je suis rentrée chez moi à 23 h en quittant le travail à 16h30, à 10 km de chez moi… Un premier jour que je ne suis pas prête d’oublier !

J’ai poursuivi ensuite. J’avais en charge l’encadrement disciplinaire des 5e pour commencer, puis j’ai fait tous les niveaux, pour finir au lycée avec les Terminales, à ma demande. Ce niveau représentait pour moi un passage de la vie intéressant dans lequel je m’inscrivais. Sans doute était-ce là qu’affectivement, j’étais restée !

Des employés de l’établissement m’ont confirmé qu’ils étaient nombreux à avoir appris leur métier sur le tas. J’acceptai le défi, mais j’eus le plaisir d’être conviée à une formation quelque temps plus tard. Je n’étais vraiment pas contre un petit coup de main !

Être face à une classe de 25 à 30 élèves, c’est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Ce ne sont plus des enfants, mais des adolescents. Ils aiment tester vos limites et imposer leurs lois, pour certains. Chaque jour, j’étais confrontée à moi même, à ma propre autorité. C’est donc sans tarder que le sujet m’a totalement passionnée. J’avais, en plus, un immense respect pour les élèves. J’avais à coeur de leur permettre de vivre leur scolarité mieux que je n’ai vécu la mienne et les traiter comme s’ils étaient les miens : avec respect et investissement (avec tout de même quelques limites nécessaires).

Je suis passionnée de psychologie depuis que j’ai 8 ans, car ce domaine m’a permis de comprendre la vie. Quand je suis devenue mère, je me suis plongée dans des écrits sur le sujet. J’ai énormément exploré la « pédopsy » et l’éducation parentale, avant même de commencer ce travail. C’était donc une suite logique que de me consacrer aux sciences de l’éducation et à la pédagogie.

Je pensais ne rester que quelque temps à ce poste et partir… Mais j’ai été totalement happée, et je suis restée 6 ans ! J’ai étudié comme une véritable étudiante, en contrat de qualification. J’appliquais des méthodes que j’avais appréciées et je les remettais en question si cela n’allait pas, pour les adapter à mon environnement et créer les miennes, sur mesure. C’était réellement passionnant ! J’avais en plus des tonnes de professeurs sous la main, avec qui je pouvais échanger sur la pédagogie et nos méthodes. Les professeurs sont, eux aussi, de grands passionnés. J’ai adoré travailler avec eux, car nos rôles étaient complémentaires et j’y trouvais ma place et ma bonne utilité, même si j’étais parfois débordée. Je voulais faire BIEN. Je m’en donnais les moyens. Et la Direction m’en laissait la liberté, en m’apportant le soutien nécessaire. Je me réalisais réellement. J’aimais mon travail passionnément. J’étais heureuse d’être en vacances, car épuisée moralement. Mais j’étais heureuse aussi d’y revenir, car tout cela me manquait rapidement.

Je me souviens, un jour, alors que je marchais dans la cour vers mon bureau, m’être dit à quel point j’avais de la chance de ressentir une telle joie d’aimer venir travailler. Ma vie privée s’étant écroulée, je m’y investis davantage. J’étudiais et je testais des choses, sans relâche. J’en parlais. Je rencontrais des « pro » du métier pour des débats captivants. Je lisais toute la nuit. Ma vie ne tournait qu’autour de ce sujet : l’éducation. D’autant plus que je n’enlevais jamais ma casquette en rentrant à la maison. J’éduquais aussi mon fils, et il était hors de question que je le néglige : il demeurait consciemment ma priorité. Une vraie vie de passionnée !

J’en parle encore avec beaucoup d’émotion. Je ne pensais pas un jour pouvoir vivre ainsi, puisque justement, je me lassais très vite et j’avais beaucoup de mal à trouver ma voie. J’avais abandonné la psychologie au premier semestre à la fac, car j’avais jugé mes compétences scientifiques bien trop sommaires pour y arriver. Je n’étais pas prête à creuser à ce moment-là. Mais je me suis, depuis, bien rattrapée. A ma manière du moins, car j’ai tout fait en autonomie complète. Même si je me suis inspirée des méthodes des collègues souvent, c’est moi qui provoquais la rencontre et qui gérais ces informations. Je faisais tout cela pour moi-même. Pour nourrir ma passion.

J’ai voulu beaucoup en faire, même trop par rapport à ce que je pouvais assumer. Mais c’est bien souvent comme cela qu’on s’investit dans une passion !

Je rêvais de devenir une éducatrice reconnue et innovante. De proposer mes théories, de faire de la recherche. Je me suis renseignée, même, pour préparer un Doctorat. Mais les réalités de la vie et du métier finissent bien souvent par vous rattraper et réduire à néant vos beaux projets ambitieux. Cela m’a été confirmé récemment en discutant avec un enseignant-chercheur d’un autre domaine.

Aujourd’hui je pense, d’ailleurs, que ce n’est pas un mal. Il fallait que j’arrête et me retrouve. Il n’est pas bon d’aimer quelque chose ou quelqu’un plus que soi-même. C’est bien ce que je reproche à l’amour passionnel.

Mon métier ne me permettait pas d’évoluer vers quelque chose qui me satisfaisait, tant au niveau des missions que du salaire. J’ai longtemps cherché d’autres alternatives de progression. Mais le besoin de gagner correctement ma vie bien au delà d’un SMIC prenait de plus en plus d’ampleur, à mesure que je vidais mes économies. Et dans ce métier, on ne doit pas espérer un salaire convenable, à moins d’atteindre des postes de Direction pour lesquels je n’étais de toute façon pas assez diplômée, ni compétente.

C’est bien souvent le cas des passionnés : ils vivent au service de leur passion, mais le salaire ne suit pas forcément. Il est bon de le savoir avant de faire ce choix. Certains s’en moquent et sont heureux comme cela, d’autres, comme moi, y voient une limite.

Je voyais les extrémités de mon apprentissage autodidacte arriver. J’étais bien obligée de les accepter. J’avais beau faire des efforts, cela ne changerait jamais sur ce point. J’ai pensé, en étant sur les rotules et après avoir combattu une résistance monumentale en moi, qu’il était réellement temps de renoncer et de trouver ma place ailleurs, dans un environnement plus adapté. Ce fut un moment intensément difficile, puisque, vous l’avez compris, j’abandonnais peu à peu ma raison de me lever chaque matin !

Nous avions eu également un nouveau Directeur, qui ne souhaitait pas me laisser autant de liberté dans mes méthodes que sa prédécésseure. Je le vivais très mal, car j’avais ce besoin de continuer mes recherches en la matière. Je me  nourrissais quotidiennement de cette nourriture spirituelle. Il me mettait peu à peu au régime strict, et je n’étais pas prête pour cela, puisque ce n’était pas mon choix. J’ai tenté de conjuguer mes méthodes et les siennes. Mais ça n’a eu pour résultat que de m’épuiser davantage, et pour pas grand chose : c’était lui le Directeur, et quand l’on est en bas de l’échelle et sans diplôme, l’étiquette veut que l’on ferme cordialement son clapet et que l’on exécute. Ce fut une des plus grandes déceptions de ma vie, après ma rupture avec le père de mon fils,  qui n’était pas si éloignée de cet évènement.

J’obtenais de bons résultats avec mes élèves, même si j’avais besoin encore d’améliorer mes méthodes. Mon rapport avec les parents était également efficace. Nous travaillions tous ensemble aussi bien que possible, selon les cas.

Pourquoi étais-je pourtant incapable d’accepter d’évoluer ? J’ai mis du temps à répondre à cette question : car devenir l’éxécutant privilégié de la Direction n’était réellement pas dans mes projets, pour ce métier précisément. Pour d’autres oui ! Mais pas celui-ci. Dans l’éducation j’étais une chercheuse et rien d’autre.

Mon patron attendant désespérément de moi que j’applique, m’a un jour proposé de partir. Ce que j’ai accepté sans réfléchir. L’épuisement avait parlé pour moi. L’envie d’être reconnue, de gagner davantage et de connaître autre chose, aussi. Je voulais trouver ce pour quoi j’étais faite. Le domaine des sciences humaines était clair, mais le poste pas encore. Il était normal que cet homme reçoive de moi ce qu’il attendait, même si ses méthodes étaient aux antipodes de la Directrice précédente, et que la transistion avait été difficile à comprendre et à accepter. Il était normal également que je cherche à m’épanouir : je devais donc apprendre à me connaître à nouveau avec cette passion, plus à l’intérieur de moi, ainsi que ces valeurs qui allaient désormais compter dans la balance.

J’ai entamé alors une nouvelle reconversion dont je vous parlerai plus tard, après cet échec dont j’ai eu beaucoup de mal à me remettre. Quand on a la tête sous l’eau, on ne se rend jamais compte de ce que l’on vit ; il faut attendre d’en sortir. J’avais réellement déployé tout mon coeur, ma passion et mon âme. Je me sentais incomprise et rejetée, une des raisons de mon départ également. C’est d’autant plus difficile à ressentir après avoir donné énormément de soi,  bien plus, en fait, que l’on ne pouvait donner, l’épuisement aidant.

Je ne savais réellement pas quoi faire de ma passion en-dehors d’un établissement. Mes recherches et méthodes m’avaient menée vers le chemin de l’éducation alternative. Je ne partageais, de toute façon, plus les valeurs de l’école de la République. J’étais allée trop loin pour y revenir. Je rêvais du système scandinave à ce moment précis.

J’ai recontré un autre passionné du domaine qui partageait mes valeurs, qui m’a fait l’immense honneur de tenter de lancer sa startup avec lui en co-rédigeant le contenu pédagogique de sa plateforme d’orientation en ligne. Il m’a permis de me sentir légitime dans mes choix et mes valeurs éducatives, sans culpabiliser de trahir notre système éducatif français.

J’ai pris une fois de plus un plaisir immense (c’est bien tout l’intérêt d’une passion, d’ailleurs), et d’autant plus immense que cela représentait l’évolution de mes aspirations ! Mais hélas, il n’a pu continuer. Et sans un fondateur, finalement, je n’ai pas les épaules pour aller bien plus loin. Je pense aussi que ce sont les limites d’un intellectuel : il dépend beaucoup de ceux qui savent entreprendre et diriger. Et je n’ai jamais été complètement une intellectuelle, auparavant. J’ai cette contradiction en moi, cette équation que je m’efforce de résoudre.

J’ai néanmoins appris des choses essentielles avec lui, à propos de ma passion. Je ne la vivais pas comme lui : j’avais bel et bien une relation passionnelle. La sienne, je la jugeais plus saine, car plus mesurée. J’ai compris alors qu’à travers les sciences de l’éducation je me reconstruisais, je réglais mon histoire, mes blessures. Cette passion n’était alors pas totalement gratuite. Elle m’était nécessaire pour vivre. J’en étais dépendante. Et il n’a jamais été très bon de construire quelque chose dans la dépendance.

J’ai pris le temps alors de m’interroger sur ce que je voulais en faire. Et la vie m’a menée vers un nouveau projet, plus en accord avec mes valeurs et mes attentes d’une carrière, dans lequel je saurai être plus juste et plus équilibrée ; en plus, je suis formée (les limites de l’apprentissage autodidacte, suite).

Mais comme on ne se refait pas complètement, durant ma formation, j’ai rencontré un domaine que je ne connaissais pas encore, en rapport avec ce métier. Une continuité dans mon parcours. Un nouvel espoir ! Plus mesuré cette fois. Je ne suis pas encore prête à l’explorer.

Rompre avec l’éducation a été pour moi comme une rupture sentimentale. Je suis encore en deuil aujourd’hui, mais je sais que c’était la bonne solution. C’est drôle, j’en parle réellement comme d’une relation ! Mais peut-être que comme toute histoire passionnelle, elle n’était là que pour m’élever et me montrer des choses que je ne connaissais pas encore en moi… Pour me préparer à la suite. MA VRAIE SUITE ! 

Telles sont certainement les dures épreuves des passionnés derrière tout ce plaisir : « tout » donner permet la performance et la créativité… Mais quand on se heurte à un échec, il faut le temps de se relever. Ce que je cherche aujourd’hui de mes passions s’apparente plus à la constance et à la réalisation, à l’humilité et à des bonheurs moins extrêmes, mais de qualité !

Je suis heureuse d’être une passionnée, mais heureuse également de ne plus avoir à le vivre de manière passionnelle.

Alors si tu veux faire un métier-passion, prends un moment tout de même pour te poser les bonnes questions. Car il est vrai qu’il est extrêmement difficile de vivre d’amour et d’eau fraîche. C’est bien d’y songer, de se monter un plan de carrière, de faire les choses intelligemment et sainement, et même de se faire aider !

A bientôt ! Et partage ton expérience en commentaire !

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(Pour info, je prends mes belles images ICI !)